Jak – Renouveau

Leitmotiv printanier  

Il flotte dans l’air une odeur de printemps, amenant recrudescence de pollens qui encombrent mes bronches.
Pas question pour moi d’honorer les primevères échappées cette nuit de la terre encore froide et bien moins de câliner les chatons du bouleau. Ses frères le frêne et le platane, à leur mine ragaillardie, ne me m’annoncent rien bon.
Cet an encore, le réveil du jardin se passera de moi. Mais il ricane de mes souffrances s’épanouissant sans vergogne. C’est un égoïste, oubliant les soins précieux qu’autrefois je lui ai prodigués avec renouvellement d’amour à chaque reprise.
Sans moi, il poursuit son revif sans cesse, fleurissant, embaumant faisant surgir de terre mille choses dont je ne pourrais repaître mes yeux que de mon fenestron, quinquets larmoyants écarquillés, le nez me picotant , d’où s’ échappe une cataracte au débit secoué de perpétuels éternuements . Les poumons soupirant sifflotant la mélodie d’aller siffler là haut sur la poitrine ….Mais celle-ci me serre, j’étouffe et j’enrage, tout mon être endêve de dépit

C’est ainsi que cette renaissance revient à chaque printemps. Et pour moi il n’a rien d’une résurrection

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Par la fenêtre, je vois – Jak

Fenêtre sans regard

Par la fenêtre je vois de l’autre coté du jardin, Loulette, mon amie,   devant sa fenêtre entrouverte. Elle semble  d’apparence paisible, elle  prend racine immobile, impassible.

On distingue le divan  du repos alentour,   et avec des pas hésitants   elle   va s’y  allonger lorsque rien ne va plus dans son corps et dans sa tête.

Même les  rais du soleil  à travers les carreaux  l’indiffèrent.Itou, le chat Minou,  siégeant sur  le rebord guettant   les éventuelles souris égarées dans le potager, n’attire plus ses caresses.

Son enclos est  pourtant accueillant. Je le connais bien. Je suis son amie Claire  et je l’agrémente    journellement  des fleurs du jardin, j’ai  redressé les  gais coussins multicolores  en une joyeuse compagnie chatoyante.

Pourtant  rien ne dérive Loulette de ses apparentes sombres pensées.

Que se remémore-t-elle donc devant cette croisée ouverte sur la vie, cette douce quinquagénaire * recluse, les yeux dans le vague ?

Elle dont la mémoire  n’est plus fiable et qui ne garde que des bribes disparates  de sa jeunesse envolée.

 Elle est  affligée  de la plus horribles des dégradations.

 Elle vit hélas   les affres de la maladie d’Alzheimer.

 Ce monstre qui  lui kidnappe tous les espaces de temps   de sa vie, pour les engouffrer dans le vide de l’oubli instantané.

Seules ses orbites  semblent en vie, perdues dans la transparence des carreaux de la croisée.

Une fenêtre dont le rôle se réduit à l’aération,  une fenêtre fermée sur l’existence… et de ma fenêtre je lui fais signe, mais elle ne me reconnait pas.

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