La petite fabrique d'écriture


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Terminus – Isami.

TERMINUS

« Tout le monde descend »

  • Quoi, déjà ? Mais je n’ai pas vu passer les années…

  • Je te rassure moi non plus. Je te l’avais bien dit de profiter de ces années, que c’étaient les meilleures, mais tu voulais être grand ! Eh bien voilà, tu y es, tu es grand !

  • Alors c’est fini les années lycée ? Mais… mes copains ?

  • Tu t’en trouveras d’autres, tu sais…

  • Oui sans doute, mais je n’ai pas envie.

  • Tu n’as pas trop le choix… tu n’as pas envie de quoi ? de grandir ? Bienvenue dans le monde des adultes, tu passes ton bac aujourd’hui ! Une page se tourne.

  • Et qu’est-ce que je vais écrire moi sur l’autre page ?

  • Ah ça mon bonhomme, si je le savais …

  • Ben, elle n’est pas rigolote ton histoire…

  • Ah tu trouves ? Pourtant, elle arrive à tout le monde, non ?

  • Oui, mais…

  • Ah tu ne vas pas recommencer avec tes « oui mais »  quand tu étais petit, on t’appelait « armistice »

  • J’aimais bien quand j’étais petit…

  • Moi aussi …

  • Bisous maman

  • Bisous mon bonhomme !

ISAMI

http://latelierdecrituredeminibulle.blogspot.com


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Terminus – Polly.

 

Je ne prends plus jamais le métro, ni un bus, ni un train toute seule.

Plus jamais.

Cela remonte à loin.

Je marche, je sais c’est  un peu tendance en ce moment de marcher, mais je suis une pionnière en la matière, voilà des années que j’use mes baskets sur l’asphalte entre mon quartier et la Défense où je travaille.

Quand j’arrive à destination, je m’installe pour un petit noir. On se connaît bien entre  habitués et même si parfois un barman s’en va, un autre arrive, il ne faut guère de temps pour l’adapter à nos besoins.

Je me lève toujours très tôt afin de papoter un moment avec tout mon monde. Ensuite j’enlève mes baskets et mes chaussettes, j’enfile jupe, bas et talons, aux toilettes évidemment. J’ai un grand sac en bandoulière ultra léger pour tous mes accessoires de vie sociale.  Et le soir, je me change au bureau, très vite, dès que l’heure a sonné d’entreprendre les trottoirs. Dix kilomètres aller-retour sous les semelles préservent une silhouette. Mais pour que mes pieds s’assagissent, il a fallu trouver les bonnes chaussures, j’ai tâtonné longtemps, mes orteils s’en souviennent en cors.

Cette mode des talons est une torture, mais il serait malvenu de passer la porte sans tenue adéquate : cravates pour les sieurs, talons pour les dames. Les codes vestimentaires dans les hautes sphères de la bureaucratie des multinationales s’ils sont issus d’une courtisanerie, n’en sont pas moins obligatoires si vous voulez garder votre poste, y compris le plus infime des postes de secrétaire ou de standardiste.

Quand j’atteins mon bureau, une lettre de la direction prône devant l’écran. Tout à coup j’ai des sueurs chaudes, très chaudes. Période pré-ménopause sans doute, sans doute pire.  En effet pire. On me notifie un entretien, et un entretien hors saison des entretiens, c’est-à-dire en mai, n’est pas bon signe. Deux heures devant moi à me ronger la pensée.

Je ne claque pas la porte du DRH, mais c’est tout juste. On avait eu les bruits de couloirs sur une restructuration, mais nos postes ne devaient pas être touchés. Je suis mutée ou virée. Au choix ! Je recevrai ma lettre recommandée d’ici peu. Je suis mutée aux Ulis ! C’est-à-dire à perpette. De toute façon je ne peux pas y aller à pied, je déteste le vélo et me sens incapable de conduire un engin quelconque… et je n’irai pas en train. Impossible ! J’ai une frousse panique des transports en commun depuis que je me suis endormie dans le métro. Et je ne vois pas mon Jeannot m’accompagner tous les matins et venir me chercher les soirs.

Je m’étais endormie, et quand je me suis réveillée j’étais dans le noir du wagon, tout était calme, tout était vide. Et j’étais seule, très seule sans pouvoir sortir, totalement impuissante devant les portes hermétiques.  J’ai frappé fort à la vitre, j’ai hurlé, j’ai hurlé si férocement qu’on m’a entendue. Le chauffeur est revenu, furieux, il venait de terminer son travail,  j’étais au terminus. Il m’a ramenée jusqu’à la première rame en fonction. J’étais au bord de l’apoplexie. Je suis sortie sur le quai à toute allure, c’était une question de survie et j’ai grimpé avec une rapidité hors les normes les marches vers la sortie.

De l’air ! Cette impression de n’avoir pu respirer pendant tout ce temps… de l’air. Une gentille dame a appelé les secours car je me suis évanouie. C’était comme un terminus aussi dans ma tête.

Alors les Ulis… je ne vois pas comment m’y rendre si ce n’est en montgolfière, mais ça ne courent pas le ciel ces engins et pour se garer sur mon balcon… même pas en rêve !

Job en l’air, tête à l’envers… évasion.

Finalement je rêve jusqu’à midi devant mes dossiers. Ma décision est prise, entre eux et moi c’est aussi terminus. Qu’ils se débrouillent. Je leur laisse mes talons si ça peut les aider.

Un terminus n’est jamais qu’une étape tant qu’on ne verrouille pas les portes en soi.

 

Où lire Polly


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Victus – Ghislaine53

Victus

Regardez, voilà Victus qui arrive avec sa tête de Bacchus
Il va encore nous faire son laïus de gibus ou jouer à Confucius
Tant qu’il ne nous joue pas son opus de minus, merci Vitus…
Sinon c’est le risque de l’infarctus avec malus au terminus !
Le voilà qu’il se prend le Vitus pour un grand russe !
Ce mercredi, il nous gratifie d’un bonus avec une Vénus !
La belle de pacotille a été nourrie au bifidus et légers findus ..
Elle est pas plus grasse et grosse qu’un virus !
Ils portent tous les deux une grande quantité de prospectus !
Et pourquoi ces papiers ? dit Brutus avec un rictus.
Victus annonce avec beaucoup de tonus que Julius
va l’accompagner avec son tout nouveau Stradivarius
quand il va se produire en concert, chanter son Angélus..
Les voila tous partis, piétinant crocus et hibiscus du père Pétrus !
Brutus crie à la cantonade « vite, vite tous dans le bus !! »
Mais pourquoi, il a pas prédit ça Nostradamus !!

Ghislaine53

http://ghislaine53.eklablog.com/


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Terminus – Jacou.

Terminus

Terminus, minus, minus,

Tout le monde descend.

C’est la plage, c’est la plage,

Parasols et bains de mer,

Pour un été où vous voulez.

Terminus, minus, minus,

Il y a aussi la montagne,

Ses grimpettes, ses grimpettes,

Des orages et coups de soleil,

Crème solaire, pensez à emporter.

Terminus, minus, minus,

C’est l’été, c’est l’été.

Tout le monde va-t-il en profiter?

Les balades et festivals,

Tralalère, tralala,

Voyages en tous genres,

Des châteaux en Espagne,

Séjours à la campagne,

Ou bien rester dans sa banlieue.

C’est l’été, c’est l’été,

Terminus, minus, minus,

Tout le monde descendra.

 

Jacou

 

où lire Jacou


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Terminus – Jill Bill.

Condamné à mort…

Terminus

Tel le couperet

Pour l’assassin,
Col arraché

De la chemise

Sombre cortège

Silencieux

D’après minuit

Angoissante atmosphère…

Terminus

On veut sa tête,

Oeil pour oeil, molaire pour molaire…

Terminus

Prêtre en tête,

L’oeil dans son bréviaire…

Pauvre bonhomme

Voyez comme

Il tremble, devant son Dieu

Au moment de l’adieu…

Tout comme sa victime

Devant lui, son bourreau,

Odieux crime

Façon pourceau…

Bourreau, c’est à toi…

…Tchac !

Justice a tranché…

jill bill


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Balaline – Voyage en escaliers.

Les bleus de l’absence

Il y avait du bleu sur le monde

 le ciel, les murs

toute la mer qui nous regarde

Un bleu gonflé de sons

dilués dans l’espace

Violons,piano

piano, concerto

allegro

Allegro

J’étais si impatiente

si trépignante d’attente

de joie et d’anxiété

penchée sur ton retour

Dans mon rêve d’enfant

tu montais les marches une à une

le pas lourd et craintif

comme un enfant puni

qui n’ose avancer

Cette absence béante

encore mal reprisée

avait gommé le bleu

Mais ce matin de mai

où le soleil éclate

mes bras s’ouvrent déjà

Toute espérante, toute tremblante

d’approcher ton absence

ce grand creux dans nos jours

Violons, piano

piano, préludes à la joie

car te voilà,

Papa.

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