Isami – Renouveau

 

Il était une fois,
Un cerisier et un seringa.
Si proches l’un de l’autre ils étaient
Que leurs branches se touchaient.

Le cerisier était en fleurs, son ami peut-être demain.
Couvert de feuilles il attendait patiemment
Que ses fleurs éclosent, embaument le jardin
Et enivrent le cerisier ardemment.

« Déjà en fleurs ! » se vantait le cerisier
« N’attrape pas froid ! » le seringa s’inquiétait.

Les oiseaux eux s’en moquaient.
Ils voletaient de l’un à l’autre
Et à qui mieux mieux piaillaient.

Le cerisier n’étant pas fourni en verdure
À cause de Dame Nature,
Dans les feuilles du seringa coquet
À cache-cache les chardonnerets jouaient.

Plus tard, le cerisier se fera piller
Par les merles, quelle calamité !
Le seringa, lui, rira aux éclats
De le voir ainsi en émoi.

Où lire Isami

Loïc et Théophile Gautier – Renouveau

Renouveau
 
Tandis qu’à leurs oeuvres perverses,
Les hommes courent haletants,
Mars, qui rit malgré les averses
Prépare en secret le printemps …
Et toute la classe (des garçons seulement, nous sommes en 1959) écoute, bouche bée. L’épisode « radio scolaire » a commencé. Nous nous sommes « échauffé » la voix en faisant des vocalises, « montés » au plus haut, « descendus » au plus bas, puis révision des chants connus. Le maître nous présente alors ce à quoi je donnerai le titre de « le tandika », il nous explique le pourquoi (nous sommes le 21mars), nous apprend le mot « renouveau », avec le rapport avec le moment, 1959, de la renaissance de notre ville …
C’est le printemps, regardez ces petites fleurs parsemées sur les parterres de l’école ! M. Appriou augmente le son, « écoutez bien ». Il est presque sourd, porte des appareils auditifs. Cela m’impressionne, car sa voix métallique sonne comme celle d’un robot.
Je ressentais cette parenthèse dans notre quotidien comme un ravissement, un véritablement moment de bonheur.
Et puis ce mot magique, « renouveau » …

Premier sourire de printemps

Tandis qu’à leurs œuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
II repasse des collerettes
Et cisèle des boutons-d’or.

Dans le verger et dans la vigne,
II s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui, descend au jardin désert
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
II sème aux prés les perce-neige
Et les violettes au bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
II met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
II dit : « Printemps, tu peux venir ! »

Où lire Loïc

ABC – Renouveau

 

Sans bouleversements :

Neuf, neuf, que du neuf
Sans oublier ses racines
Engendrant le renouveau
Pour bâtir solidement
Un monde plus beau

Neuf, neuf, que du neuf
Sur les fondations
De quelques traditions
Pour vivre debout
Dans un monde qui bout

Neuf, neuf que du neuf
La nature renaît
Pareille et différente
Dans son cadre quotidien
Annonçant demain

Neuf sans bouleversements
Pour aller de l’avant

Où lire ABC

 

Mamy Arlette – Renouveau

Arriver à ses fins et c’est le « Renouveau »!

J’en ai marre !
Tous les matins, même angoisse ! Même peur panique !
Le pèse-personne !!!!!
Malgré moi, il faut que j’y monte !
Impossible d’y échapper !
C’est décidé, je me prends en main !
Un peu de piscine, de marche, même si je n’aime
pas, au lieu de la voiture pour les petites courses
de proximité.
Le plus important est que je mange mieux,
plus équilibré. Il faut que je m’organise.
C’est bon, c’est parti. J’ai l’envie de réussir,
de retrouver des formes acceptables…
.….….….….….….….….…
Un an a passé !
Visite de ma garde robe!
Waouh !!!
Pas possible ! Quelle horreur !!!!
Comment ai je pu porter çà ?
Des sacs !
.…Comme je suis heureuse du résultat !
Maintenant, j’adore me regarder dans les miroirs
qui ont retrouvé droit de cité dans la maison.
J’adore désormais sortir et m’habiller comme une
femme digne de ce nom.
J’adore me maquiller.
J’adore me mettre en valeur.
J’adore qu’on me regarde.
Comment avais-je pu laisser se dégrader ainsi mon image ?
La vie, pleine de sens et de joie s’ouvre à nouveau
devant moi !
Un vrai Renouveau !
Je ne me reconnais plus !
Comme je regrette de ne pas m’y être mise avant !

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N’ai je rien oublié ?

Où lire Mamy Arlette 

Jak – Renouveau

Leitmotiv printanier  

Il flotte dans l’air une odeur de printemps, amenant recrudescence de pollens qui encombrent mes bronches.
Pas question pour moi d’honorer les primevères échappées cette nuit de la terre encore froide et bien moins de câliner les chatons du bouleau. Ses frères le frêne et le platane, à leur mine ragaillardie, ne me m’annoncent rien bon.
Cet an encore, le réveil du jardin se passera de moi. Mais il ricane de mes souffrances s’épanouissant sans vergogne. C’est un égoïste, oubliant les soins précieux qu’autrefois je lui ai prodigués avec renouvellement d’amour à chaque reprise.
Sans moi, il poursuit son revif sans cesse, fleurissant, embaumant faisant surgir de terre mille choses dont je ne pourrais repaître mes yeux que de mon fenestron, quinquets larmoyants écarquillés, le nez me picotant , d’où s’ échappe une cataracte au débit secoué de perpétuels éternuements . Les poumons soupirant sifflotant la mélodie d’aller siffler là haut sur la poitrine ….Mais celle-ci me serre, j’étouffe et j’enrage, tout mon être endêve de dépit

C’est ainsi que cette renaissance revient à chaque printemps. Et pour moi il n’a rien d’une résurrection

Où lire Jak

Galet – Renouveau

LE PRINTEMPS DE LA VIE

Je suis né des amours brèves d’une fille légère et d’un garçon volage… Il faisait beau, c’était le printemps, comment auraient-ils pu résister aux plaisirs bucoliques ?

Je les comprends, et pourtant mon enfance n’a pas été des plus drôles. On m’avait pondu là, comme par mégarde, et oublié. Envolés, les parents ! Partis sous d’autres cieux, vers d’autres conquêtes, sans doute. Mais je m’en suis sorti, tout seul, malgré les obstacles que j’ai eu à franchir, malgré tout ce devant quoi j’ai dû ramper et faire le dos rond, malgré les malintentionnés et les rapaces en tous genres…

Oui, on peut dire que j’en ai bavé pour construire mon cocon de bonheur et me sentir enfin à l’abri ! Alors je me suis replié sur moi-même, et c’est en solitaire que j’ai savouré ces temps de quiétude.

J’ai portant fini par me trouver à l’étroit dans mon chez-moi, et un irrépressible besoin d’air, de soleil, de mouvement et de vie m’a envahi. J’ai eu envie, brusquement, de briser mon silence, de sortir de ma torpeur, de m’étirer… En un mot, de renaître !

Alors je me suis extirpé de cette gangue où je m’étais englué, et j’ai regardé autour de moi : il faisait beau, c’était le printemps, des dizaines de papillons voletaient de corolles en corolles, le spectacle était gai et magnifique.

J’ai fait quelques pas, et j’ai vu mon reflet dans cette goutte de rosée qui tremblait encore au bout d’une jeune feuille. Etait-ce moi, ce papillon ? Je n’en croyais pas mes yeux tellement j’avais changé ! Moi, la chenille craintive qui, il n’y a pas si longtemps, avait souhaité se cacher pour toujours ?

J’ai délicatement défroissé mes ailes, admiré les couleurs duveteuses que la Fée Nature y avait mises et, dans un éclat de rire je me suis élancé à la poursuite des demoiselles, avec toute l’insouciance de ma jeunesse retrouvée !

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Balaline – Renouveau

Re-Vie

Il avance à pas lents dans l’allée du jardin

un doux rayon posé sur ses épaules

ce timide soleil caressant les corolles.

A pas lents de re-Vie, il le sait,

l’ombre grise éloignée pour un temps

il guette le sens profond du renouveau.

Je regarde émue, la silhouette fragile

libérée du cauchemar du mal

tendre ses bras fébriles

vers l’aubépine en fleurs.

Tout autour est silence

comme un recueillement flottant sur cet espace.

Puis, notre vieux banc de pierre

le temps d’une autre respiration

d’un partage de mots, de rêves et de lumière

dans cet après-midi naissant.

« Sais-tu que je ne croyais pas revoir encore le printemps » ?

« Sais-tu que je ne croyais pas revoir encore le printemps » ?

Où lire Balaline

Lilousoleil – Renouveau

Renouveau !
La lumière danse doucement,
la lumière fait chanter les couleurs.
Tout vire et tournoie la terre renaît.
L’aubépine blanchit c’est la fête dans les branches.
La nature se gonfle des eaux et
les ruisseaux et les fontaines chantent
à l’unisson des cris d’oiseaux.
Les papillons jaunes voltigent
les essaims nombreux s’échappent dans les charmilles
tandis que la forêt fourmille de bruissement amoureux.
Déjà mars avance, bientôt avril
pointera le bout de son nez,
demain la terre refleurira !

Polly – Renouveau.

Le cimetière.

 

Drôle d’endroit pour le renouveau, me direz-vous, pourtant, je vous rassure et il ne s’agit pas du grand tilleul qui bourgeonne, ni des récents venus dont les tombes s’alignent près de celle de mon épouse.

Elle m’a quitté voilà deux ans, deux ans de solitude amère bien que mes filles s’occupent encore de moi, bien que mon fils depuis son Australie ait encore quelques soucis de moi et me téléphone régulièrement me priant de venir rencontrer sa nouvelle dulcinée et le futur petit fils qui naîtra dans deux mois. Coquin de fils, trois femmes plus tard et bientôt quatre enfant avec ce bébé à quarante ans et des poussières. Je n’ai jamais compris l’instabilité d’Antoine, ses voyages, ses passions, pourtant ma femme et moi étions un couple uni et tranquille.  J’étais heureux auprès de Madeleine, elle était simple, joyeuse et savait tenir une maison et même si elle ne parlait pas beaucoup, j’étais bien à ses côtés. Sa maladie puis sa mort m’ont terrassé, j’étais si démuni devant sa souffrance, si terriblement démuni.

Mais ce jour-là au cimetière, j’ai senti poindre en moi comme un possible dans le regard d’une dame.

C’est elle qui m’a reconnu la première.  Trois tombes plus loin, elle déposait des fleurs sur celle de sa mère. Elle s’est approchée de moi, m’a souri et dans ce sourire j’avais quinze ans.

-Jean-Loup Lauzier ! Est-ce vous ?

Je me suis retourné et la première chose que j’ai remarqué ce sont les cheveux argentés, puis la silhouette noueuse et puis les yeux… Ah ! Ses yeux couleur pervenche ! Comment les aurais-je oubliés ?

Adrienne ! Je l’ai connue sur les bancs du lycée. Il y a si longtemps !

Elle était la plus belle fille du canton, convoitée par tous mes copains. A l’époque, filles et garçons étions encore séparés par des grilles, mais dès la sortie des classes nous nous précipitions vers les grandes portes de l’école des filles.

Elle m’avait accordé quelques danses dans les bals, elle m’avait accordé un baiser, nous nous promenions main dans la main très sagement. Elle avait disparu un jour sans prévenir, plus personne n’avait de ses nouvelles, pas même son amie Marie-Thérèse. Envolée sans laisser de signes.

Je suis soudain bien bouleversé et lui demande comme si c’était hier où avait-elle disparu ?

Elle a ri et son rire est le même, clair, chantant et tourneboulant.

Mais nous n’avons plus quinze ans, les soixante-dix approchent à grands pas et si je me redresse devant ces souvenirs, je vois ma main fanée se tendre vers la sienne comme un soupir.

Nous sommes sortis ensemble du cimetière, elle est venue prendre un thé à la maison, nous avons parlé longtemps et quand le soir est tombé, je l’ai raccompagnée jusqu’à l’appartement de sa mère décédée depuis peu à l’âge canonique de quatre-vingt seize ans. Ah ! S’il nous en est donné encore autant… pensée fugitive devant ce sourire toujours aussi séduisant. Bien sûr, nous avons vieilli… Vraiment ?

Elle n’avait pu prévenir personne, des vacances à la mer, ses parents accidentés, on l’avait confiée à une tante près de Bordeaux. Elle avait pourtant écrit à Marie-Thérèse, mais bien plus tard car son père était mort dans l’accident. Sa mère avait trouvé du travail là-bas et n’était revenue ici qu’à sa retraite. Ensuite la vie… Elle était devenue médecin comme son époux, avait divorcé et s’occupait des petits-enfants comme toute grand-mère gâteau qu’elle était.

Elle allait rester quelques temps, elle devait s’occuper de déménager l’appartement maternel.

Combien de temps ?

Elle m’a regardé avec tendresse. J’ai comme un réveil là, au cœur.

Je viens de passer devant la psyché de Madeleine… tristesse soudaine. Je suis un vieux bonhomme, le cheveu blanc, le dos un peu courbé, le ventre mou et rond. Un vieux bonhomme qui rêve… et pourtant… ce frémissement entre nous, cette complicité…

Elle vient déjeuner demain.

Oh ! Oui ! Je me sens comme ce jouvenceau d’antan, tout neuf d’un battement qui m’étonne. Un renouveau soudain dans ce temps rétréci vient d’ouvrir un peu d’avenir.

où lire Polly