Par la fenêtre, je vois – Isami

Toute similitude avec des personnages existants serait fortuite et involontaire…(sourire)

isami

Deux  commères sont cachées derrière leur fenêtre et regardent…

Par la fenêtre je vois :

  • Pas grand chose !
  • Force- toi un peu quand même, tu dois bien voir quelque chose ?
  • Bof, le ciel est gris !
  • Mais non, là-bas, il y a du ciel bleu…
  • C’est vrai, et des tourterelles là…
  • Ah aussi un avion qui passe, regarde la traînée blanche qu’il laisse derrière lui.
  • Ils en ont de la chance ceux qui partent en vacances.
  • Mais arrête là, qu’est-ce que tu as ce matin à être négative ? c’est sympa les gens qui partent en vacances, ils voyagent, voient d’autres paysages, s’intéressent à d’autres cultures…
  • Et attrapent des maladies, ou l’avion explose…
  • Tu n’es pas drôle là, arrête !
  • Je t’avais dit que je ne voyais rien par la fenêtre !

Bon, je recommence, par la fenêtre je vois :

Le ciel est dégagé, quelques nuages par ci par là, des oiseaux dans le ciel, et un avion qui passe. Il laisse une traînée blanche derrière lui.

Il emmène des inconnus qui sont heureux de prendre des vacances, de changer d’horizons.

Ah là, les enfants jouent au ballon, leur chien court et jappe autour d’eux.

Oh ! M. X offre un bouquet de fleurs à Mme Y. Jamais je n’aurais cru ça, ça alors !

  • Arrête de faire ta commère !
  • Il ne fallait pas me dire de regarder par la fenêtre ! Na !

Pour lire Isami 

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Par la fenêtre, je vois – Gadgio (2)

Par la fenêtre je vois…. une région du monde où je n’irai jamais, où je ne poserai jamais les pieds… un monde effrayant aride où les montagnes  sillonnées par mille  chemins  ne semblent mener nulle part.
Nous volons à quelle altitude je ne sais,  mais la vision du sol est nette, précise je suis émerveillée,  veux tout mémoriser..
Je suis à côté du hublot dans l’avion qui, séjour asiatique terminé, me ramène vers mon doux pays.. la France !
Assise confortablement,  bien au chaud, je tente d’imaginer la vie qui se passe en bas.. Afghanistan.. Iran…!
Je suis émerveillée de pouvoir avoir ce regard ..  sur les cimes enneigées, les flancs de montagne noires…semblant être sans vie.
C’est la guerre en bas et je m’imagine les difficultés que ce peuple,  pauvres parmi les plus pauvres,  peut avoir..nous sommes dans les années quatre vingt.
Je pense aux moyens de vivre..aux difficultés de se déplacer à  leur moyen le plus pratique de transport..celui que les ânes leur offre.
Pauvres petits ânes qui souffrent martyre pour transporter armes et munitions. et meurent de soif,  de faim .. de mitrailles.
Je pense au roman d’une jeune femme étrangère à ce pays se sauvant avec son enfant, aux difficultés écrites dans son livre « Jamais sans ma fille ».
Je pense aussi à Alexandra David Neel qui voulant aller au Tibet dans le milieu du 19e siècle a escaladé ces montagnes avec tant de difficultés pour nous donner le fruit de ses expériences inouïes pour l’époque
A l’aller nous n’avions pas pu survoler.. un long détour nous avait conduit je ne sais..
mais « vol de nuit » visibilité nulle
Heureuse de pouvoir décrire si précisément ce que j’ai vu et pensé… Il y a si longtemps !

où lire Gadgio

 

Par la fenêtre, je vois – Galet

Après la tempête

Par la fenêtre, je vois l’ampleur des dégâts. Il a venté toute la nuit ; la pluie en rafale a giflé les volets de bois et tambouriné sur les ardoises, dégoulinant à gros sanglots dans les chéneaux. Et ce matin, le calme revenu, j’ai ouvert les persiennes sur un ciel d’un bleu profond.

Dessous, le jardin est bouleversé, défait, anéanti. Le sapin du fond est couché sur la pelouse, révélant ses racines rayonnantes sur lesquelles des pies s’ébrouent en jacassant. Les dahlias écrasent leur tête sur le gravier de l’allée, la tige brisée par le vent et un excès d’eau. Les fauteuils de la terrasse gisent ça et là, au milieu de branchages et de feuilles arrachées aux haies…

Lentement, je tire le rideau, enfile une robe de chambre et descend.

Dès la porte ouverte, je commence à redresser ici un pot, là un rameau. Je progresse dans ce fouillis en ramassant quelques objets, en repoussant d’autres du pied. Je n’aurai jamais assez de cette journée pour tout remettre en état et je ne sais trop par où commencer…

Assise sur le muret, je m’apitoie, sur moi ou sur le jardin, je ne sais pas, lorsque je perçois un mouvement, suivi d’un petit cri aigu. Des branches emmêlées du sapin sort un petit museau rose. Deux billes noires me fixent sans peur, la moustache frémit.

« Bonjour, Minet ! Viens, je t’offre un bol de lait, puis je me mets au travail ! »

Je retourne dans la cuisine, le chat trottine sur mes talons en laissant les trèfles de ses empreintes sur le carrelage.

Où lire Galet 

 

Merci à Lilousoleil

Comme certains ont pu le constater, Lilou s’est jointe aux créatrices de La Petite Fabrique et participe activement à sa gestion.

Plus nombreuses nous serons plus à même de publier sans retard les textes que vous nous envoyez, même en cas de défection de l’une ou l’autre, car, comme chacun sait, nous avons tous notre réalité et nos propres espaces de publication.

Pour rappel, Azalaïs et Polly furent à l’origine de cet atelier d’écriture, qui a fêté ses neuf années d’existence le 5 janvier.

Je me suis jointe à elles au mois de novembre 2010…

Quichottine

Par la fenêtre, je vois -Fransua

La perle de cristal

Par la fenêtre, je vois une bulle de savon passer, puis une autre qui la suit, puis une autre encore…….Toute une ribambelle de bulles défilent ainsi à tire d’aile dans le ciel. Mais où vont-elles ainsi ?

On les dirait pressées de se rendre à un rendez-vous amoureux. Elles sont plus jolies les unes que les autres avec leurs robes aux reflets arc-en-ciel. Elles virevoltent et voltigent dans les rayons de soleil. Oh comme elles sont belles !

Je reste à les regarder quand soudain l’une d’elles vient se poser délicatement sur la branche enneigée du rosier. Je m’approche à pas de silence pour l’admirer quand soudain je la vois sursauter comme si elle allait s’envoler, tressaillir comme si elle allait éclater. J’ai peur de la voir disparaître dans l’air glacé quand je l’entends craquer et soudain…. le miracle de la beauté ouvre son bal !

Comme pour faire une révérence, elle se penche tout doucement et se voile. Une petite perle blanche apparaît alors sur le bout de son nez, elle se met à grossir quand une autre la rejoint, puis une autre encore vient orner sa robe de dentelle. Des cristaux s’élèvent alors en dessinant des fleurs de glace. Bientôt la surface entière de la bulle est prise au piège de la main glacée du vent. Et quand enfin elle se fige dans sa robe de dentelle cristallisée, elle devient la première et la plus belle des perles de glace dont j’aurai pu rêver !

Où lire Fransua

Par la fenêtre, je vois – ABC

Les crépuscules

Par la fenêtre, je vois les volets clos sur le crépuscule.

J’écoute le cri de la chouette chassant aux environs, et croque le croissant de lune qui m’offre un morceau de nuit.

Les paupières refermées, sur les soucis de la journée, j’ouvre le grand livre des rêves…

Je m’endors sur un édredon d’étoiles voguant en multiples voyages …

Chut !!!

Les heures s’égrainent paisiblement jusqu’au petit matin.

Je bâille, m’étire, ouvre un œil.

Par la fenêtre, je vois les volets clos sur le crépuscule…

Pour lire ABC

Par la fenêtre, je vois – Polly

Par la fenêtre, je vois les trois lascars de Haute-Volée, ceux dont le portrait s’étale à toute heure dans le téléviseur, ceux recherchés partout en Europe et même plus loin encore. Ce sont les brigands des grandes autoroutes numériques qui terrorisent et harcèlent bourses et banques et redistribuent leurs butins aux sans dents via internet. Moi je n’ai pas internet mais j’ai eu un relevé bancaire fantastique il y a deux mois. Donc vous pensez bien que les précaires ne les dénonceront jamais et avant qu’ils ne croisent un riche ou un imbécile, ils ont des jours heureux devant eux.

Je les vois derrière mon rideau, et je reconnais le visage barbu du très grand, les autres me tournent le dos, mais la blondeur d’une chevelure et la maigreur d’une silhouette me mettent la puce à l’oreille si tant soit peu qu’il y ait des puces à cet endroit précis de mon anatomie.

Mais ce que je vois, vous le croirez si vous voulez, moi je n’y suis pour rien.

D’abord fleurit le plus petit. Juste là, sous ma fenêtre, un grand pot de fleurs, vert le pot, vert anis très joli. Un grand laurier rose, tout endimanché de printemps alors que nous sommes en novembre.

Le blondinet au profil féminin s’élance maigrement puis déploie des branches de pêcher. Toutes feuillues déjà et prêtes à bourgeonner.

Le grand barbu grossit si fort et si soudainement que j’en perds tout soleil sur la façade.

Le beau tilleul que voilà !

Je ne peux m’empêcher d’ouvrir la fenêtre, je ne peux m’empêcher de descendre vite l’escalier et sortir dans la cour. Une cour pavée, une cour infertile qui vient d’accueillir un laurier, un pêcher et un tilleul.

Que dois-je faire de cela ?

Les voisins ont-ils épié ?

Que dois-je faire ? Et vont-ils se transformer en lascars si je les déplace ou les dépote ?

Je n’ai pas le temps de réfléchir plus avant, je me sens soulever, on m’adosse contre une branche solide, on m’encercle de branches souples, et on s’envole tous ensemble.

Je vole pour la première fois de ma vie. Je vole et ce que je découvre est majestueux, au-delà des toits gris du bourg, je ris gorge déployée devant les sommets déjà blanchis, les lacs rétrécis, les routes minuscules, puis peu à peu l’horizon, peu à peu l’océan, peu à peu tout tourne très vite. La terre s’éloigne comme un ballon !

Comme c’est bizarre ! Je n’ai aucune peur, je n’ai pas froid, je n’ai aucune peine à respirer.

Je suis déposée sur une herbe fraîche et fleurie, mon tilleul, mon pêcher et mon laurier me regardent avec compassion.

Sur quelle planète suis-je ?

– Madame Michon ! Madame Michon !

On crie dehors.

De ma fenêtre, je vois mon voisin qui, tout excité, veut me parler.

Je descends l’escalier, puis je me souviens.

Où suis-je ?

Pourquoi chez moi ? Où est l’herbe fraîche et fleurie ?

– Madame Michon, vous avez vu ? Le tilleul ? Le pêcher ? Le laurier ?

– Où ça ?

– Ben là, dans le champ.

– Dans le champ ? Mais où est le bourg ?

– Disparu Madame Michon, disparu. On habite peut-être au paradis… j’ai volé, vous savez Madame Michon, j’ai volé loin de la Terre, parce que de ma fenêtre, vous savez, j’ai vu les trois lascars…

Où lire Polly.